Le geste dure une seconde : un trait d’alcool à brûler versé sur des braises qui couvent encore, et c’est le bidon entier qui s’embrase d’un coup, la flamme remontant le long du filet de liquide jusqu’à la main qui tient le récipient. Ce scénario, loin d’être un cas isolé, revient chaque été dans les services d’urgences français, et les pompiers le répètent inlassablement sans jamais réussir à l’éradiquer complètement.
À retenir
- Pourquoi la flamme d’alcool à brûler remonte-t-elle aussi rapidement jusqu’à votre main ?
- Combien d’accidents graves de barbecue sont enregistrés chaque année en France et qui sont les plus vulnérables ?
- Quelles sont les alternatives éprouvées et totalement sûres pour relancer des braises sans liquide inflammable ?
Un phénomène physique qui ne laisse aucune chance
L’alcool à brûler n’est pas un liquide comme les autres quand il rencontre une source de chaleur. Composé principalement d’éthanol, il possède une capacité à s’enflammer très rapidement, ce qui explique pourquoi il séduit tant de monde pour démarrer ou relancer un feu de charbon. Composé principalement d’éthanol, il se distingue par sa capacité à s’enflammer rapidement, ce qui en fait un excellent choix pour démarrer un feu. Le problème, c’est que cette même propriété devient incontrôlable dès qu’on verse le liquide sur une braise déjà chaude plutôt que sur du charbon froid.
Ce qui se passe alors relève de la chimie pure : le liquide versé s’enflamme instantanément au contact de la chaleur résiduelle, et la flamme remonte le filet liquide jusqu’au goulot du bidon en une fraction de seconde. Le scénario le plus fréquent est toujours le même : pour raviver un feu qui prend mal, on verse de l’alcool à brûler ou de l’essence sur les braises. Le liquide s’enflamme d’un coup, projette une gerbe de flammes, et parfois le bidon explose. Autant dire qu’il n’y a aucune marge de réaction possible entre le moment où on incline le bidon et celui où la gerbe de feu jaillit.
Le piège se referme d’autant plus facilement que cette flamme est quasiment invisible en plein jour. L’alcool à brûler est d’autant plus traître que sa flamme est bleue, presque invisible en plein jour. On ne voit rien venir, on sent juste la chaleur qui monte d’un coup, et parfois le souffle qui vous atteint avant même d’avoir eu le réflexe de lâcher le bidon. Les pompiers du SDIS 78 le rappellent régulièrement dans leurs campagnes de prévention estivales : les projections d’alcool enflammées sont en effet responsables de la plupart des accidents de barbecue recensés chaque saison.
Des chiffres qui remettent les idées en place
Difficile de se dire « ça n’arrive qu’aux autres » quand on regarde les statistiques d’un peu plus près. Chaque année en France, environ 200 accidents de barbecue sont recensés, et une proportion non négligeable touche les plus jeunes. Sur les 200 accidents de barbecue recensés chaque année en France, environ 15 % touchent des enfants. Or leur peau, plus fine, brûle plus profondément et plus vite que celle d’un adulte. Un enfant qui joue à quelques mètres, une projection qui l’atteint au visage ou sur les bras, et c’est parfois des mois de soins et des séquelles qui restent à vie.
Ce qui frappe surtout, c’est la répétition du même schéma d’année en année. On sait que le geste est dangereux, on le fait quand même parce qu’on est pressé, parce que les invités attendent, parce que le charbon met du temps à prendre. Cette impatience est justement le point de bascule identifié par tous les organismes de prévention. Ils sont unanimes sur un point : il ne faut jamais céder à la tentation, même pour « juste un peu » relancer les braises. Attention : ne rallumez jamais un barbecue avec un liquide inflammable, même « juste un peu ».
Relancer un feu sans jouer les apprentis pyrotechniciens
La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des méthodes aussi efficaces que sûres pour redonner du peps à des braises fatiguées. La cheminée d’allumage reste l’outil de référence chez les pitmasters sérieux : on y dispose du charbon neuf, on l’allume avec du papier journal en dessous, et l’effet cheminée fait le reste en quelques minutes, sans aucun liquide. Cette technique permet justement d’éviter le recours aux liquides inflammables que tous les organismes de sécurité déconseillent formellement.
Les allume-feux solides constituent l’autre alternative largement recommandée par les assureurs et les services de secours. N’utilisez jamais de liquides inflammables (essence, alcool à brûler, pétrole…) pouvant provoquer un jet de flammes. À la place, utilisez des blocs d’allumage. Ces cubes ou copeaux imprégnés de cire brûlent lentement et sans projection, le temps que le charbon prenne correctement. Un soufflet ou un simple carton pour attiser l’air peuvent aussi suffire à relancer des braises tièdes, sans aucun risque de retour de flamme.
Si malgré tout le feu ne prend pas assez vite à votre goût, la patience reste le meilleur allié du grilladin. Les assureurs le rappellent avec une insistance qui a le mérite d’être claire : si le feu ne prend pas, soyez patients ! N’utilisez jamais d’essence, de pétrole ou d’alcool à brûler car ces produits peuvent occasionner un jet de flamme. Dix minutes de patience valent toujours mieux qu’un aller-retour aux urgences.
Un détail mérite d’être connu de tous les propriétaires de barbecue, même les plus prudents : des braises qui semblent éteintes conservent une capacité à repartir bien plus longtemps qu’on ne l’imagine. Les braises d’un barbecue peuvent rester inflammables 24 heures : veillez à ne pas les jeter n’importe où. Autant dire qu’un sac poubelle rempli de cendres « froides » jeté trop vite peut, lui aussi, réserver de mauvaises surprises bien après la fin du repas.
Sources : linstructeur.com | fr.scribd.com