Deux lettres, gravées ou imprimées au fer sur le bois : HT ou MB. C’est tout ce qu’il faut lire avant de balancer une palette récupérée derrière le magasin dans votre foyer à bois ou votre fumoir. HT signifie que la palette a subi un simple traitement thermique, sans produit chimique. MB, c’est du bromure de méthyle, un gaz insecticide qui signale un traitement chimique interdit à la combustion domestique. Autant dire que la différence entre ces deux sigles pèse lourd quand la fumée qui s’en échappe finit par parfumer vos travers de porc.
À retenir
- HT ou MB : deux codes qui décident si votre palette est comestible ou toxique à la combustion
- La norme NIMP 15 cache un secret : l’absence de marquage ne signifie pas l’absence de risque
- Même une palette conforme HT cache des dangers invisibles que les normes n’évaluent pas
Le petit code qui sépare le comestible du toxique
La norme qui encadre tout ça s’appelle NIMP 15, pour Norme Internationale pour les Mesures Phytosanitaires. Son but n’a rien à voir avec la cuisine à l’origine : elle a été mise en place pour éviter la contamination des végétaux par des « nuisibles » (nématode du pin, capricorne asiatique…) pouvant se répandre et se propager dans la biodiversité végétale lors d’importation de produits via les emballages en bois. Concrètement, chaque palette conforme porte un marquage avec le logo IPPC (l’épi de blé), le code-pays ISO à deux lettres suivi du code ISO de la région et du numéro d’enregistrement assigné au producteur, et enfin le fameux code de traitement.
Le traitement HT, pour Heat Treatment, consiste à passer le bois au four : un traitement à la chaleur à l’aide d’une étuve (humide ou sèche) codifié « HT » pour Heat Treatment (56 °C pendant 30 minutes au cœur du bois). Aucun produit chimique n’intervient, juste de la chaleur qui vient à bout des insectes et de leurs larves. Le MB, lui, correspond à une fumigation au gaz. Mais ce gaz a un lourd passif écologique : la fumigation au bromure de méthyle, codifiée « MB » a été supprimée du programme, ce gaz étant interdit d’utilisation depuis le 18 mars 2010 dans l’Union Européenne. Une palette encore marquée MB aujourd’hui provient donc forcément d’un lot ancien ou importé d’une zone où l’interdiction n’était pas en vigueur au moment du traitement.
Il existe une troisième variante, moins connue : le DH, pour Dielectric Heating. Ce procédé utilise des micro-ondes ou des radiofréquences pour chauffer uniformément le bois jusqu’à 60 ºC pendant 1 minute. Sans produit chimique lui aussi, mais peu répandu en France. Bonne nouvelle pour les amateurs de grillades : depuis une dizaine d’années, la quasi-totalité des palettes en circulation intra-européenne est traitée HT plutôt que MB.
Pourquoi tant de palettes finissent quand même au jardin
Le réflexe est presque culturel. Une palette qui traîne, c’est du bois gratuit, sec, déjà découpé en planches faciles à casser. Le problème, c’est que la réglementation NIMP 15 ne couvre en réalité qu’une partie du parc de palettes circulant en France. Les palettes sont concernées pour l’export, mais l’UE ne l’applique pas à ce jour pour les échanges intra-communautaires. une palette qui n’a jamais quitté le territoire européen peut très bien n’avoir subi aucun traitement du tout, ni HT ni MB, et donc n’afficher aucun marquage.
C’est là que le bât blesse pour le pitmaster du dimanche : l’absence de sigle ne veut pas dire absence de risque. Elle veut simplement dire que le fabricant n’était pas soumis à l’obligation d’export. Cette palette peut avoir traîné des mois dans un entrepôt agroalimentaire, un port ou une zone de stockage industrielle, et avoir absorbé des résidus qui n’ont rien à voir avec un traitement phytosanitaire officiel. Les palettes industrielles ou importées d’Amérique du Nord sont plus fréquemment traitées avec des produits chimiques, et leurs normes de fabrication ne sont pas toujours compatibles avec une utilisation domestique. Ajoutez à ça les vieux stocks d’avant 2010, encore parfois planqués au fond d’un hangar, et vous obtenez un cocktail difficile à tracer à l’œil nu.
Un vieux repère visuel circule encore chez les bricoleurs : les palettes teintées de couleurs franches, orange, bleu, rouge, correspondraient à d’anciens traitements chimiques identifiables au premier coup d’œil. Ce codage couleur n’a rien d’universel ni de garanti aujourd’hui, mais il rappelle une évidence : une palette qui a une histoire industrielle derrière elle n’est jamais un matériau neutre.
Le vrai danger dépasse largement la chimie du bois
Même une palette HT parfaitement conforme n’est pas conçue pour cuire un aliment. La norme certifie l’absence de parasites, pas la compatibilité alimentaire de la fumée. L’ADEME met en garde contre la combustion de tout bois traité, peint ou verni, en raison des « émissions de polluants atmosphériques et de composés organiques volatils » potentiellement cancérigènes. Or une palette, même HT, transporte souvent des résidus invisibles : huiles industrielles, éclats de peinture d’un ancien conditionnement, colle des tasseaux d’assemblage. Rien de tout ça n’entre dans le champ d’analyse de la norme NIMP 15, qui ne s’intéresse qu’aux nuisibles biologiques.
La législation française tranche d’ailleurs sans ambiguïté sur ce point : la législation interdit formellement la combustion de déchets industriels, ce qui inclut une grande partie des palettes. Pour un barbecue domestique, le verdict des professionnels du secteur est tout aussi net : il est fortement déconseillé d’utiliser des palettes pour un barbecue, il faut privilégier l’utilisation de charbon de bois épuré, de bois bûche ou de pellets de bois spécialement conçus pour les barbecues.
Le vrai enjeu du smoke ring et du bark parfait, ce n’est pas d’économiser trois planches ramassées derrière un supermarché. Les chunks de pommier, de hêtre ou de chêne vendus pour fumoir sont calibrés pour brûler proprement, sans clou métallique caché ni agrafe qui finit dans la braise. La prochaine fois qu’une palette traîne sur votre trottoir, gardez-la pour construire une jardinière ou une table basse. Pour la cuisson, le bois certifié alimentaire reste la seule option qui ne joue pas à la roulette russe avec vos poumons et votre pièce de bœuf.
Sources : ubscode.com | votre-salon.fr