Tout le monde évite de poser du fromage sur la grille du barbecue : celui-ci dore et croûte là où tous les autres finissent dans les braises

Sur une grille chauffée à blanc, la plupart des fromages ne survivent pas plus de trente secondes : ils fondent, coulent entre les barreaux et finissent carbonisés dans les braises. Il existe pourtant une exception spectaculaire, un fromage chypriote qui fait exactement l’inverse : il dore, il croustille, il forme une croûte ambrée digne d’un morceau de viande, sans jamais se liquéfier. Son nom : le halloumi.

Ce petit miracle fromager n’a rien de magique, c’est de la chimie pure. C’est grâce à un enzyme nommé présure que le fromage halloumi ne fond pas, même sous la température élevée d’un barbecue, car son rôle est de couper la caséine à un endroit précis, ce qui permet aux molécules de se regrouper et de former un réseau de protéines solides. Mais la présure ne fait pas tout le travail. Le vrai secret se joue lors d’une seconde étape de fabrication, presque unique dans le monde fromager.

À retenir

  • Un fromage chypriote défie les lois de la fonte du fromage sur le barbecue
  • Une technique de fabrication secrète en deux étapes explique son incroyable résistance à la chaleur
  • Les Chypriotes en consomment 10 fois plus que les Français ne le font avec leurs fromages

Une double cuisson qui change tout

Contrairement à la mozzarella ou au comté, le halloumi subit un traitement thermique en deux temps. Le lait est chauffé et coagulé à l’aide de présure animale ou de coagulants microbiens, puis une fois le lait caillé formé, il est façonné en petits morceaux et chauffé à nouveau pour expulser le lactosérum. C’est cette seconde cuisson, directement dans le petit-lait chaud, qui verrouille littéralement la structure protéique du fromage.

Le résultat concret sur la grille se comprend facilement : lors de la fabrication du fromage halloumi, le caillé est généralement cuit à feu vif pendant au moins une heure, ce qui lui donne une texture caoutchouteuse et semi-ferme et un point de fusion supérieur à la normale, si bien qu’il ramollit lorsqu’il est chauffé mais ne fond pas entièrement. quand un cheddar ou une raclette voient leurs graisses se séparer et couler dès 60°C, le halloumi encaisse la chaleur directe d’un grill sans perdre sa cohésion. C’est un peu comme comparer une éponge sèche et bien tassée à une éponge gorgée d’eau : la première garde sa forme sous la pression, la seconde s’effondre.

Cette résistance n’est pas qu’une curiosité de laboratoire. Ce fromage chypriote ne fond pas à la cuisson, il grille, il dore, il croustille. Sur la grille d’un barbecue, on obtient ainsi un contraste de texture rarement atteint avec un produit laitier : une croûte qui craque sous la dent, un cœur qui reste tendre et légèrement élastique. Le genre de bouchée qui surprend même les habitués du fumoir.

Chypre, berceau d’un fromage pensé pour la chaleur

L’histoire de ce fromage explique en partie sa robustesse. Le récit commence avec des bergers qui cherchaient un fromage capable de supporter les chaleurs et les trajets, et le procédé ancestral, assemblage de laits puis cuisson dans le petit-lait, a permis d’obtenir une pâte ferme et résistante qui ne fond pas comme une mozzarella. Le halloumi n’a donc jamais été pensé pour fondre sur une pizza : il devait au contraire tenir bon dans les paniers des transhumances chypriotes, sous un soleil qui aurait liquéfié n’importe quel autre fromage frais.

Peu de gens aiment le halloumi comme les Chypriotes : les populations du sud et du nord de l’île en consomment respectivement 9 et 12 kg par personne par année, un chiffre qui donne le tournis quand on sait qu’un Français mange rarement plus de deux ou trois kilos de fromage à pâte pressée par an tous types confondus. Autre particularité : le nom lui-même est protégé. Même si beaucoup de fromageries produisent un fromage de type halloumi, elles ne peuvent l’appeler ainsi parce qu’il s’agit d’une appellation d’origine contrôlée, et aucun fromage produit à l’extérieur de Chypre ne peut être appelé par ce nom. En clair : ce que l’on trouve parfois sous d’autres appellations dans certains rayons n’est jamais du vrai halloumi, mais un cousin qui s’en inspire.

La bonne technique pour le réussir sur les braises

Griller du halloumi demande une approche différente de celle utilisée pour un steak ou une côte de porc. La règle numéro un : oubliez l’huile généreuse. Pour faire griller le fromage halloumi au barbecue, il suffit de couper le fromage en tranches épaisses et de les placer sur une grille, sans besoin d’ajouter d’huile car le fromage va libérer du liquide et des huiles naturelles. Un simple voile d’huile d’olive suffit si vous tenez à en mettre, surtout pour éviter que le fromage n’accroche sur une grille mal encrassée.

Le timing est serré mais généreux en marge d’erreur comparé à une pièce de viande. Il faut couper le fromage halloumi en larges tranches et badigeonner légèrement chaque côté d’huile d’olive avant de le placer délicatement sur le gril pendant environ 2 à 3 minutes de chaque côté, jusqu’à ce qu’il soit légèrement doré et légèrement croustillant, sans trop le griller. L’astuce des pitmasters aguerris : couper des tranches plutôt épaisses, d’un bon centimètre, car les tranches très fines ont tendance à devenir un peu dures, plutôt que molles et spongieuses, comme le font les tranches plus épaisses. Résistez aussi à l’envie de le retourner sans arrêt : une seule manipulation par face suffit pour laisser le temps aux marques de grillage de se former.

Servi encore chaud, coupé en cubes dans une brochette de légumes ou simplement posé à côté d’un mesclun et de tomates rôties, le halloumi grillé s’impose autant en accompagnement qu’en pièce centrale d’une assiette végétarienne. Un détail à ne jamais oublier cependant : ce fromage n’aime pas attendre. Une fois refroidi, sa texture devient nettement plus caoutchouteuse et perd tout son charme croustillant-fondant, contrairement à une pièce de brisket qui continue de se bonifier au repos. La règle d’or reste donc simple : on le grille en dernier, juste avant de passer à table, et on le mange chaud, sans traîner devant le reste du repas.